19.08.2009
Le covoiturage sur internet et une idée perimée
Voici un article de Ludovic BU que je re-decouvre, et dont le fond résume plus que jamais a quel point l'avenir des transports sur les territoires passe par les centrales de mobilité. Cet article reprend l'intervention de Jean Pierre GIRAULT, Président de la Commission Transport du Conseil Regional Ile de France lors d'une plenière consacrée à la mobilité et au covoiturage.
Lors de la séance plénière du Conseil régional d’Ile-de-France des 12 et 13 février 2009, les élus étaient amenés à se prononcer sur le Rapport CR 22-09, présenté par le groupe Majorité présidentielle, visant à la création d’un site portail Internet régional Grand public dédié au covoiturage. Le Président de la Commission transport de ce Conseil régional, Jean-Pierre Girault, a été très direct. Pour lui, le covoiturage en ligne est "Une idée périmée, [car] l’avenir est aux centrales de mobilité".
Voici l'intégralité de son intervention :
"Prôner le covoiturage, c’est bien. Souvenez-vous, déjà en 2006, le 14 septembre, à la Commission Transports que je préside, j’ai auditionné 4 sociétés de covoiturage : Carpuce, Voiture & Co, ICAR et Greencove.
Quel bilan en est-il sorti ? Tous étaient d’accord pour dire que les simples sites internet de covoiturage étaient périmés, insuffisamment utilisés. En un mot obsolètes.
Deux d’entre eux, Carpuce et ICAR ont estimé qu’on ne pouvait pas commencer avec un système particulier. Il fallait un système général, dont ils estimaient le coût d’investissement total au départ à 2 millions d’euros minimum.
Les 2 autres pensaient au contraire que le covoiturage n’avait de sens au démarrage que s’il s’adressait à une communauté de vie, au départ du déplacement, comme un village, ou une communauté de vie à l’arrivée du déplacement, comme une entreprise ou une Université.
Voiture & Co, partenaire de la région sur différents projets, a commencé à l’Université de Nanterre. Elle y a aujourd’hui une plateforme de Mobilité, tout comme elle en a à Marseille, La Ciotat, Aubagne et Paris 13e. Greencove, quant à lui, est partenaire sur des salons et des festivals, et aussi partenaire de Radio-France ou l’Université de Versailles St Quentin.
Aujourd’hui, un site de covoiturage ne peut plus se suffire à être le simple descendant d’Allo-Stop, c’est-à-dire un substitut d’auto-stop par internet.
L’atout numéro « Un » requis c’est la ponctualité. C’est pourquoi on ne parle plus de site internet de covoiturage mais de plateforme de mobilité. Les plateformes de mobilité mettent à jour régulièrement leur fichier. Ils excluent ceux ou celles qui n’ont plus de permis, qui conduisent trop vite, qui conduisent en ayant trop bu.
Renseignements pris, les covoiturés aussi sont exigeants. Ils ou elles refusent les conducteurs qui ont mauvais caractère et les voitures qui sentent trop le tabac. Il arrive, parait-il, même à des fumeurs de refuser des voitures qui sentent trop le tabac. Vous voyez que pour des trajets réguliers, nous ne sommes plus dans le folklore de l’auto-stop de notre jeunesse.
Aujourd’hui, nous ne sommes plus voués à faire nos trajets avec un seul mode de déplacement. Successivement, nous pouvons prendre toutes formes de vélos, un vélo personnel ou un Vélib, toutes formes d’autos, une auto personnelle, une auto d’autopartage ou de covoiturage. Prendre aussi un transport en commun. Et tout ceci à tour de rôle. C’est ce que proposent les centres de mobilités. Et oui, tous les opérateurs sérieux abandonnent les sites de covoiturage seuls. Ils passent aux agences locales ou aux plateformes de Mobilité.
La dernière plateforme est née pas plus tard que cette semaine. C’était lundi dernier, le 9 février, à la Défense. Je veux parler de Mobiway, situé dans un parking public sous la Défense, avec au même endroit dans ce parking un relais de covoiturage sur bornes lié à toute l’Ile de France, des voitures en auto-partage, des voitures en location et des motos-taxis.
Savez-vous que les plateformes de covoiturage de Voiture & Co ont toutes 2 voitures jokers à disposition, pour aller au secours d’un covoituré, soit abandonné, soit trop retardé ? Ce qui arrive fréquemment le soir.
Chers collègues, vous voyez que s’il s’agit de mettre en route pour toute l’Ile de France une structure efficace, un budget de 200 000€ est loin d’être suffisant. Le site internet de covoiturage de Monaco, par exemple, a coûté 500 000€. Il comprend bien sûr la publicité nécessaire pour le faire connaitre. Mais sans elle, ce site ne servirait à rien. (1)
Le logiciel de réservation doit prendre en compte toutes les demandes. Notamment celle du covoituré laissé à l’abandon, à qui on doit proposer un automobiliste proche géographiquement à ce moment-là. Ce logiciel coutera plusieurs millions d’euros. Je dis coutera, parce que nous créerons un jour ce logiciel pour les plateformes que nous subventionnons aujourd’hui. Autre exemple, le prix des centres d’appel des PAM 75, PAM 94, etc, qui rendent ce genre de service, c’est plus de 5 millions d’euros.
Pour conclure, il y a près de 100 sites internet. Avec 30 000€, on en fait un très convenable. Pas besoin de 200 000€. Mais pas besoin non plus d’un site de plus en Ile de France.
Par contre, nous sommes pour l’organisation en Ile de France de plateformes de mobilités avec covoiturage et conseils en mobilité. Ça oui ! Vous voyez même que nous nous y intéressons et nous nous y préparons. Mais nous savons que cela coutera plus près de 10 millions pour être efficace. Loin de vos 200 000€, qui semblent de la poudre aux yeux".
Les votes qui ont suivi ont entraîné le rejet de la proposition. Seuls les élus MP et NC se sont prononcés pour, pendant que les Verts, CACRPG, GDC, RAGEAP, 2RC votaient contre, et que le PS et le FN s'abstenaient. Hier, un colloque organisé par l'Arene, intitulé "Les Agences Locales de Mobilité, le management de la mobilité à portée de main", arrivait aux mêmes conclusions : le covoiturage n'est qu'un des éléments de la chaîne des transports, les sites webs ne sont qu'un outil technique qui ne révolutionnera pas les habitudes et seul le liant humain peut faire changer les comportements et optimiser les déplacements !
16:49 Publié dans Voiture&Co | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : covoiturage, mobilite alternative, region, ile de france, centrale de mobilite











Commentaires
Clairement ceci s'inscrit toutefois dans un contexte urbain qui dispose de nombreux modes de transport différents. Il ne faut pas oublier les villes petites et moyennes et les déplacements en milieu rural qui sont les plus polluants mais aussi les seuls.
On oublie trop souvent cette dimension qui reste cependant très importante.
Ecrit par : Orange pressé | 19.08.2009
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